à propos d’une nouvelle série

du 26 janvier au 15 mars, la galerie « Délits des sens » va réunir six peintres, dont je fais partie

ils m’ont demandé de procéder à un choix de toiles que j’aimerais exposer; je ne sais si celle-ci va être exposée dans cette galerie, mais si j’en fais apparaître ici les photos ici de son origine, (peinture sur affiche) et ensuite de la toile,  c’est pour tenter d’approcher les circonstances et le contexte qui ont amené cette nouvelle série.

J’ai longuement travaillé par le passé à détourner, par la peinture, les images d’affiches publicitaires – irritée et révoltée que j’étais par la médiatisation à outrance du corps, l’idéalisation d’une esthétique qui détruit le corps réel et par là-même est cause de complexes et de souffrance pour maintes personnes.

Les jours de débarras, les magasins jonchent les trottoirs d’affiches de publicité ; j’en avais récupéré une concernant la lingerie « chantal thomas » – soutien-gorge, poitrine plantureuse, que j’ai recouverts, et la peinture a fait surgir une multitude de visages tournés vers le ciel ou vers celui qui regarde, bouche béante;

le nom de la marque s’est transformé pour devenir « chant of the mass »;

jeu de mots ici, puisque « mass » peut signifier à la fois la « masse » tout comme la « messe »

il se trouvait que j’avais assisté, peu de temps auparavant, à la messe de funérailles de ma mère – mais les lieux sacrés peuvent être pour moi lieu d’accueil uniquement en solitude et en silence, alors que la messe en tant que dogme avec des chants et répons prévus et dictés ne sont pour moi que source d’embarras et de froide paralysie de mon émotion

ce « chant of the mass » en peinture évoque aussi, bien sûr, ma volonté de lutter contre la manipulation de masse par la publicité

j’ai d’ailleurs découvert, grâce à un morceau de Mike Ladd et Vijay Iyer, (magnifiques musiciens newyorkais) que l’inventeur de la manipulation des foules est un certain Edward Bernays, qui s’est inspiré des études de son grand-père, qui n’est autre que Sigmund Freud, lui dont les recherches ont porté sur le travail de prise de conscience et d’analyse de ce qui nous manipule – eh oui, ironie du sort…

et je lis, dans un livre de Coetzee ( dans « Boyhood » ou dans « Youth », je ne sais plus lequel ) :

« As a young man, I never for a moment allowed myself to doubt that only from a self desengaged from the mass and critical of the mass could true art emerge. »

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