Galerie Ories

Le corps entre ses mains

Par sa sensibilité, sa technique et son imaginaire Anna-Maria Cutolo crée des figures et leurs micro-récits selon ses visions mémorielles mais secrètes. De tels portraits stupéfient et évoquent un certain martyr vu à l’envers.
Car chacune ou chacun – saisi par les caresses de la peinture sur le support – éprouve l’ivresse d’un(e) inconnu(e) dans le corps. Existent là des récits charnels. Jaillissent des histoires d’amours sur le point de mourir, Des rencontres pour appeler et se nourrir de gestes et de mots.

Le regard du voyeur est dans l’œil de la créatrice. En de douces polyphonies de couleurs portée par le noir et la tendresse, elle réinvente un monde à voir, certes presque tragique et dolent mais vivant et vivable. Chaque corps possède sa forme. Une forme parfois de nudité ou parfois d’habits plus ou moins en lambeaux qui ne sont jamais un linceul. 
Anna Maria Cutolo crée des perspectives imposantes. Son œuvre supporte le poids du monde mais crée un miroir, une fontaine vive – preuve que sa peinture est un métier là où les gens peuvent vivre dans ce qu’elle a rêvé. Elle laisse revenir l’élan et l’utopie pour vivre sans mourir. D’ailleurs, les uns et les autres cherchent à se le dire (on voit parfois leurs bouches noire ouvertes).

Existent aussi des gestes d’amour selon des perspectives croisées : Chacun « dit » : « T’aimer, c’est que je veux que tu m’accompagnes et t’accompagner dans ce vivre sans mourir.» En conséquence, chaque portrait crée un début du jour plus que la fin de la nuit. Ce qui n’enlève donc rien la question : que faire avec un corps ? Car voici le corps. 
Que peut-il faire, que peut-il donner ? Donner un nom à un tel corps est difficile. Au nom de qui donner le nom ? Chaque œuvre reste une question ouverte.

Jean-Paul Gavard-Perret